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Posts Tagged ‘souvenir’

Il n’aura pas fallu attendre 2012 pour que mon monde touche à sa fin. La lumière jaune disparait lentement, et je profite de chaque instant. Ma courte vie s’agite devant mes yeux sans lunettes 3D, et mon esprit vagabonde d’un moment à un autre. Cette phase de Mobb Deep résonne dans ma tête, « I’m only 19 but my mind is older », et je souris. J’ai combattu des militaires américains, livré des batailles sans fin contre des chevaliers en armure d’or, terrassé des ninjas au corps élastique, piloté des motos-hélicoptères et pris d’assaut des vaisseaux extraterrestres. Fut un temps où je franchissais des kilomètres d’un seul bond, où ma voiture roulait sur les murs, où je pouvais rester immobile sous l’eau pendant des heures, où chacun de mes tirs était fatal. Je me suis roulé dans la poussière, caché sous des brindilles d’herbe, protégé derrière une boîte à chaussure. J’ai voyagé aux quatre coins du globe dans ce sac à dos usé, confortablement installé toujours à la même place, devinant les paysages à travers la fermeture éclair entrouverte. J’ai survécu à une amputation de la jambe et aux vis dans le genou, à l’arrivée d’ennemis électroniques, j’ai enterré de mes mains mes frères dans un cimetière de cartons humides. Les dernières années de ma vie ont été plus paisibles, le repos du guerrier, trônant fièrement sur un vieil écran cathodique, engagé dans une ultime bataille contre la poussière. C’est toujours difficile de déterminer quand il est temps de fermer un tiroir, mais je crois que le moment venu, on le sent au fond de ses tripes. La lassitude a eu raison de moi, et l’envie de rejoindre les miens a remplacé la fierté qui permet au dernier survivant de rester debout. J’ai compris qu’à l’intérieur de ce tiroir refermé, ce n’était pas l’oubli qui m’attendait, mais l’immortalité. Parce qu’après tout, les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde.

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Je n’ai pas grandi collé à un ordinateur. Depuis mes premières heures passées à tuer du mutant difforme dans Gryzor ou à viser l’entrejambe dans Robocop sur Amstrad CPC 6128 (pouce en l’air pour ceux qui s’acharnaient sur Bows & Arrows et qui idolâtraient les équipes d’Ocean), il aura fallu de nombreuses années pour que mes doigts reprennent du plaisir à marteler un clavier. A l’époque je faisais un rejet total des PC, que j’ai longtemps associé dans ma tête à des jeux super bizarres qu’il fallait installer pendant des heures et qui se jouaient avec les touches espace et majuscule. Aucun rapport avec les cartouches, sur lesquelles il suffisait de souffler quand ça plantait inexplicablement au milieu du dernier niveau. Il y avait bien l’ordinateur en face duquel j’étais assis chaque mercredi matin quand j’accompagnais ma mère au travail, mais je préférais dessiner sur les larges feuilles du sous main.

Puis le futur est arrivé dans nos vies, on a découvert les ordinateurs portables à 20 000 francs remboursés en 3 ans, disque dur interne de 4go, aussi épais que la Bible. L’ère des émulateurs Neo-Geo, des premiers devoirs universitaires tapés puis reliés, des morceaux en ATRAC, des cartes mémoires de 256ko, des photos 1 million de pixels imprimées depuis chez soi. Pendant des années j’ai navigué sur Internet avec la connexion la plus pourrie de l’univers: obligé d’effacer l’historique et les fichiers temporaires toutes les 10min pour éviter que ça plante, et si tu avais le malheur de cliquer par erreur sur un spam en essayant de fermer ta fenêtre figée, l’écran explosait. Reboot total, une demie heure de vie de perdue. Autant dire que l’idée de passer ma vie sur le web et d’alimenter un blog était aussi présente dans mon esprit que dans celui d’un mineur clandestin à la recherche de diamants au fond d’une mine sierra-léonaise.

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J’ai toujours eu un rapport conflictuel avec les deux roues. Le seul souvenir à vélo que j’ai, c’est la fois où je me suis brisé la nuque en faisant un salto avec mon Shimano 6 vitesses jaune et vert fluo. A l’époque on risquait notre vie chaque mercredi après midi en descendant celle que l’on appelait « La pente de la mort ». Rien que ça. Plus de 500 mètres de goudron oblique, qui s’achevaient avec un dos d’âne et un virage où il aura fallu attendre 20 accidents avant qu’ils placent un miroir permettant de voir qui arrivait en face. Parfois avec le vent dans le dos et en pédalant à fond, on atteignait les 42km/h, le compteur à piles accroché au guidon faisant foi. Ce jour là je n’étais pas particulièrement rapide, pour ne pas dire super lent. Le vent ne m’arrachait pas de larme, je n’avais pas l’impression d’être à bord du Millenium Falcon, et pourtant j’ai eu un réflexe débile, celui qui n’arrive qu’une fois dans ta vie parce que tu retiens immédiatement la leçon: j’ai freiné avec le frein avant uniquement. Le temps que je réalise, mon corps avait fait un tour et demi en l’air, comme un bonhomme de babyfoot, et je me suis planté dans le sol la tête la première, en imitant Dhalsim qui rate son coup. En tout cas moi, j’ai pas raté mon cou, qui a fait un drôle de bruit au contact du bitume, bruit que j’ai vite oublié lorsqu’une bosse énorme a poussé sur ma tête comme un pop up.

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A l’époque, j’avais un pote qui habitait dans une cité à 20 minutes à pied et chaque fois que j’allais là bas, c’était un peu comme une mini expédition. Il fallait couper par la verdure désaffectée, le parking du supermarché et le tunnel qui pue la pisse qu’importe l’heure du jour ou de la nuit. Je devais aussi longer le terrain de basket où on croyait pouvoir dunker juste parce qu’on mettait « All Eyez On Me » à fond pendant les matchs, et la piste d’athlétisme avec une fosse pour ceux qui faisaient du steeple. Sauf que de toute ma vie, j’ai jamais vu de mecs faire du steeple sur ce stade, et le trou servait surtout à se cacher pour gratter 10 minutes pendant les courses d’endurance, quand il était pas rempli d’eau de pluie ou de junkies. Mais le véritable élément inattendu qui pouvait rendre magique ce périple du mercredi après midi, c’était Kamel.

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Mordre son pied. Sourire aux inconnus, pleurer avec ses proches. Vomir tout ce qui est avalé, qu’importe l’heure du jour ou de la nuit. Grandir. Se traîner sur la moquette en grenouillère. Regarder ailleurs quand on te parle. Etre fasciné par tout ce qui roule ou fait du bruit. Baver. Grandir. Courir dans tous les sens, tomber, se relever, et continuer de courir dans tous les sens. Glisser sa dent sous l’oreiller. Regarder les fourmis, arracher une antenne pour voir si elles deviennent agressives. Laisser une coccinelle courir sur son doigt pendant qu’on compte les points. Faire semblant de dormir pour que ta mère te porte entre la voiture et le lit. Grandir. Poser des questions bêtes qui embarrassent. Se cacher des heures sous le bureau, sans raison. Construire une cabane avec une couverture. Tenter des cascades mortelles avec des chutes de près de 30cm de haut. Les réussir. Grandir. Courir dans tous les sens, tomber, feinter l’entorse pour essayer de tempérer la honte. S’asseoir au fond, tousser parce qu’on veut faire comme les grands même si c’est vraiment dégueulasse. Comprendre la différence entre les marques et les imitations, vouloir les marques. Faire une fausse signature, se faire attraper par le prof, mettre du blanc et faire signer le tout à sa grand mère entre deux bisous. Grandir. Sortir. Boire. Une fois, c’est suffisant, plus jamais ça. Répondre, se prendre des claques, penser que le monde entier s’est ligué contre soi. Essayer de faire des roues arrière en scooter, squatter chez cette fille qui a un grand jardin et une piscine, maudire ce putain de bouton sur le nez. Grandir. Etre livré à soi même. Faire des nuits blanches, pas toujours chez soi. Essayer de deviner lesquels s’en sortiront. Ne pas trouver de réponse. Ne pas aller en TD, réussir ses examens de justesse, ne pas en tirer de leçon. Vivre en ayant l’impression de profiter de chaque instant. Se tromper. Grandir. Voir les autres se marier, se quitter, faire des enfants, s’éloigner. Passer plus de temps avec ses collègues d’open space qu’avec sa copine ou ses parents. Prendre des kilos impossibles à perdre. Constater qu’il y a plus de doigts que d’amis proches. Regarder le temps passer tellement vite, un jour compte triple. Vouloir enfin parler de soi. Eteindre son ordinateur. Vieillir.

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J’ai toujours eu du mal avec les hôpitaux. Comme tout le monde en fait, vu que ce n’est pas le premier endroit qui vient à l’esprit quand on pense à partir en vacances. J’ai la chance (jusqu’à présent) d’avoir passé peu de nuits entre des draps désinfectés qui sentent le vieux incontinent, mais chaque passage a été anthologique. Parce que forcément, tomber sur le seul interne serbo-turc qui ne parle que deux mots de français (en l’occurrence « oui » et « non ») et te renvoie chez toi sans broncher alors que ta main ressemble aux gants en mousse énormes qu’on voit dans les stades de foot US, ça n’arrive qu’à moi. J’ai aussi eu la chance d’expérimenter les techniques barbares d’arrachage de dents de sagesse. Aujourd’hui c’est devenu une opération plus légère qu’un string originaire de Copacabana, mais à mon époque c’était nuit à l’hosto + mâchoire de hamster + traces violettes sur les joues pendant 2 semaines. Quand je me suis réveillé dans mon lit après 3 heures d’opération, j’arrivais pas à parler, et j’ai du cracher les 2 litres de sang accumulés dans ma bouche. Imagine lorsque tu écrases un moustique qui vient juste de te piquer, multiplie par 1000 et tu as une vague idée de ce dont je parle. Il parait que mon cousin a galéré lui aussi après son intervention, mais on n’est pas arrivé à temps pour le voir de nos propres yeux.

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Pour vous c’est un simple bout de daim, pour moi c’est un bout de mon innocence. A l’époque mon père traversait l’Atlantique deux fois par an (j’ai jamais compris pourquoi et je crois que je veux pas savoir) et à chaque fois qu’il revenait c’était Noël en plein été. Le temps béni où je portais un pantalon de culturiste avec des triangles gris imprimés, un T-Shirt Jordan « Rookie Of The Year » et un sac à dos Bulls. J’avais deux rangées de dents comme les requins, une boucle d’oreille Nike du marché et dans le cartable, un Giraya Ninja avec les bras en caoutchouc recouverts de poussière. Je rêvais d’une casquette des Redskins et j’étais encore traumatisé par les Air Tech Challenge jaunes que j’avais eu l’année précédente, dont le coloris improbable semblait rendre fou des gars deux fois plus vieux que moi. En gros, rien ne m’avait préparé à la claque des Jordans VII Bordeaux.

J’ai mis des années à retrouver leur nom, j’avais l’impression d’avoir rêvé, de ne pas avoir mis mon pied dans cette oeuvre d’art multicolore, jusqu’à ce que je retrouve une photo de moi, hoodie / jeans clair / Bordeaux / casquette Bulls. Au top comme René, comme rarement je l’ai été. Comme toutes les paires de cette période, je les ai mises 4 fois par semaine (sauf les jours d’EPS et de basket), pendant un an, le temps que mon gros orteil sculpte une marque indélébile à l’avant, dernière étape avant de trouer complètement le velours gris clair. Au moment de balancer ce bout d’histoire à la poubelle, j’ai découpé la languette que j’ai gardé comme une relique précieuse pendant des années, à côté des systèmes Pump éventrés et des lacelocks des VI volés à Décathlon.

L’année qui a suivi j’ai eu droit aux VIII Aqua, qui m’ont évidemment laissé elles aussi une empreinte indélébile, mais sans comparaison aucune avec les Bordeaux. Alors en avril 2011, si vous n’avez pas de nouvelles de moi pendant plusieurs jours, c’est que je suis blotti en boule avec entre les bras plusieurs paires de ce modèle légendaire qui n’a jamais été réédité en 20 ans. En même temps c’est logique, vu que le Bordeaux se bonifie avec l’âge.

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