Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘grandir’

Il n’aura pas fallu attendre 2012 pour que mon monde touche à sa fin. La lumière jaune disparait lentement, et je profite de chaque instant. Ma courte vie s’agite devant mes yeux sans lunettes 3D, et mon esprit vagabonde d’un moment à un autre. Cette phase de Mobb Deep résonne dans ma tête, « I’m only 19 but my mind is older », et je souris. J’ai combattu des militaires américains, livré des batailles sans fin contre des chevaliers en armure d’or, terrassé des ninjas au corps élastique, piloté des motos-hélicoptères et pris d’assaut des vaisseaux extraterrestres. Fut un temps où je franchissais des kilomètres d’un seul bond, où ma voiture roulait sur les murs, où je pouvais rester immobile sous l’eau pendant des heures, où chacun de mes tirs était fatal. Je me suis roulé dans la poussière, caché sous des brindilles d’herbe, protégé derrière une boîte à chaussure. J’ai voyagé aux quatre coins du globe dans ce sac à dos usé, confortablement installé toujours à la même place, devinant les paysages à travers la fermeture éclair entrouverte. J’ai survécu à une amputation de la jambe et aux vis dans le genou, à l’arrivée d’ennemis électroniques, j’ai enterré de mes mains mes frères dans un cimetière de cartons humides. Les dernières années de ma vie ont été plus paisibles, le repos du guerrier, trônant fièrement sur un vieil écran cathodique, engagé dans une ultime bataille contre la poussière. C’est toujours difficile de déterminer quand il est temps de fermer un tiroir, mais je crois que le moment venu, on le sent au fond de ses tripes. La lassitude a eu raison de moi, et l’envie de rejoindre les miens a remplacé la fierté qui permet au dernier survivant de rester debout. J’ai compris qu’à l’intérieur de ce tiroir refermé, ce n’était pas l’oubli qui m’attendait, mais l’immortalité. Parce qu’après tout, les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde.

Read Full Post »

Je me souviens d’une interview de Pharrell Williams où il disait qu’il enviait Chad Hugo, l’autre Neptune. Qu’il était jaloux de sa famille, de sa tranquillité, de son équilibre, de son quotidien. Et même si je reste convaincu qu’il ne le pense pas une seule seconde quand des top models ou des groupies magnifiques se jettent nues à ses pieds, je crois que je commence à comprendre ce qu’il voulait dire. Mes proches se marient, emménagent, m’appellent pour me demander où est mon édito et m’annoncer au passage qu’ils vont avoir un enfant, et tout ce que je peux leur répondre, c’est que je vais avoir une nouvelle paire de Jordan. Kanye West dirait welcome to heartbreak, je dirais plutôt welcome to l’âge adulte. Bienvenue à l’âge où pas un repas de famille ne se passe sans qu’on te demande pourquoi tu ne ramènes personne officiellement, à l’âge où les vacances d’été ne signifient plus voyage mais mariage, à l’âge où tes potes ont leur enfant en fond d’écran sur leur téléphone, leur ordinateur, leur micro ondes.

Je reçois plus de faire part que de factures EDF, et je vois venir le Facebook baby boom, avec une explosion de bébés baveux dans ma liste d’amis. Et même s’il me tarde d’appeler moi aussi tout le monde et de verser ma larme en disant qu’un bout de moi va bientôt devoir affronter le monde, je ne suis pas si pressé. J’ai déjà du mal à m’assumer moi même, j’ai failli causer une crise cardiaque à un lapin nain 3 jours après sa naissance et je ne supporte pas les hurlements stridents, alors avoir un enfant, thanks but no thanks. Enfin, j’imagine que je dis ça pour me rassurer et reculer l’heure sur mon horloge interne. Parce que dans le fond, je suis un peu jaloux de ce sentiment que tu dois ressentir en regardant ton enfant, de ce réflexe pavlovien qui consiste à montrer une photo de ta fille sur ton iPhone dès que tu parles d’elle, de cette angoisse au moment de trouver une crèche. De cette force qui te pousse à faire n’importe quoi pour protéger quelqu’un. Et c’est dans ces moments là que je suis content de ne pas être un chanteur, parce que je crois que j’aurais écrit un truc encore plus niais et mielleux que « Millésime » d’Obispo.

Read Full Post »

Mordre son pied. Sourire aux inconnus, pleurer avec ses proches. Vomir tout ce qui est avalé, qu’importe l’heure du jour ou de la nuit. Grandir. Se traîner sur la moquette en grenouillère. Regarder ailleurs quand on te parle. Etre fasciné par tout ce qui roule ou fait du bruit. Baver. Grandir. Courir dans tous les sens, tomber, se relever, et continuer de courir dans tous les sens. Glisser sa dent sous l’oreiller. Regarder les fourmis, arracher une antenne pour voir si elles deviennent agressives. Laisser une coccinelle courir sur son doigt pendant qu’on compte les points. Faire semblant de dormir pour que ta mère te porte entre la voiture et le lit. Grandir. Poser des questions bêtes qui embarrassent. Se cacher des heures sous le bureau, sans raison. Construire une cabane avec une couverture. Tenter des cascades mortelles avec des chutes de près de 30cm de haut. Les réussir. Grandir. Courir dans tous les sens, tomber, feinter l’entorse pour essayer de tempérer la honte. S’asseoir au fond, tousser parce qu’on veut faire comme les grands même si c’est vraiment dégueulasse. Comprendre la différence entre les marques et les imitations, vouloir les marques. Faire une fausse signature, se faire attraper par le prof, mettre du blanc et faire signer le tout à sa grand mère entre deux bisous. Grandir. Sortir. Boire. Une fois, c’est suffisant, plus jamais ça. Répondre, se prendre des claques, penser que le monde entier s’est ligué contre soi. Essayer de faire des roues arrière en scooter, squatter chez cette fille qui a un grand jardin et une piscine, maudire ce putain de bouton sur le nez. Grandir. Etre livré à soi même. Faire des nuits blanches, pas toujours chez soi. Essayer de deviner lesquels s’en sortiront. Ne pas trouver de réponse. Ne pas aller en TD, réussir ses examens de justesse, ne pas en tirer de leçon. Vivre en ayant l’impression de profiter de chaque instant. Se tromper. Grandir. Voir les autres se marier, se quitter, faire des enfants, s’éloigner. Passer plus de temps avec ses collègues d’open space qu’avec sa copine ou ses parents. Prendre des kilos impossibles à perdre. Constater qu’il y a plus de doigts que d’amis proches. Regarder le temps passer tellement vite, un jour compte triple. Vouloir enfin parler de soi. Eteindre son ordinateur. Vieillir.

Read Full Post »

J’ai attendu toute la journée qu’un génie apparaisse, pour me remémorer trois moments clé de ma vie où j’ai été un connard, ou tout autre instant crucial qui pourrait expliquer pas mal de trucs, un peu comme dans ces contes de Noël tout pourris où le héros a un sursaut d’humanisme juste avant que le gros barbu ne vienne déposer des cadeaux au pied du sapin (non, ce n’est pas un code pour parler de Ben Laden). Quelque part, ça doit être pour se déculpabiliser tant qu’il est encore temps, pour être sûr d’avoir un paquet à ouvrir à minuit pile et balayer la crainte d’avoir été oublié cette fois-ci. Non, tout ce qui m’est revenu quand j’ai pensé à Noël, ce sont les combats qu’on organisait sur le lit king size de mon grand cousin, gants de boxe et coquille autorisés, et il valait mieux vu qu’on continuait jusqu’à ce qu’on ne puisse plus se relever. Des gamins en nage et en sang qui déchirent du papier cadeau en hurlant, on devait ressembler à des zombies qui se disputent un corps frais.

(suite…)

Read Full Post »

Leslie Nielsen est mort aujourd’hui. Suivi de peu par Irvin Kershner. A ce rythme, il ne restera plus grand chose de notre enfance dans pas longtemps. Et lorsque nos idoles ne sont pas mortes, on ne peut rien faire d’autre que se moquer de ce qu’elles sont devenues, de leurs liftings mensuels ou de leurs come back désespérés. Car elles ne comprennent pas que contrairement à ce que l’on croit, la VHS a enregistré une bien meilleure image que le Blu-Ray. On râle tout le temps pour rien, on s’attarde sur les différences entre les Jordans rééditées et celles de l’époque, au lieu de profiter de ce bout d’innocence retrouvée. On s’évertue à expliquer à la nouvelle génération que leurs dessins animés ne font pas le poids face à ceux qui nous ont fait vénérer le mercredi, et on s’arrache les cheveux quand on se rend compte qu’ils ne connaissent pas la moitié des films qui ont inspiré leur références. On devient ce cousin gâteux qui a la trentaine et semble déconnecté de la réalité actuelle, qui te met en garde contre les conneries et t’engueule quand tu n’as pas eu la moyenne, les études c’est important, t’auras tout le temps de t’amuser quand tu seras plus vieux. Mais tu auras aussi le temps de voir tes héros mourir l’un après l’autre, enterrés dans un coin de ta mémoire. Ca doit être ça, être adulte.

Read Full Post »

C’est parti d’une simple vanne vue sur Twitter, à propos du morceau « Hiro » de Soprano. En gros, il y explique que s’il avait eu les pouvoirs d’Hiro Nakamura (le japonais qui se téléporte et voyage dans le temps dans « Heroes »), il aurait changé le monde et assisté aux grands évènements historiques. Vous voyez le genre quoi. Même si c’est facile de taper sur Sopra et son morceau plus que contestable, c’est le genre de thème stupide qui a tendance à me bouffer le cerveau insidieusement avant de dormir. Sauf que bizarrement, je me suis rendu compte que j’avais une vision plus égoïste de la situation, et que si j’avais eu les capacités d’Hiro, je m’en serais foutu de sauver le monde et la cheerleader. Peut être parce que je pense que tout arrive pour une raison, que chaque évènement a un but, quel qu’il soit, et qu’il s’inscrit dans un ensemble qui nous dépasse. Il me semble qu’on appelle ça le destin, en général.

(suite…)

Read Full Post »

Je sais qu’à force je devrais avoir l’habitude et que je ne devrais m’en prendre qu’à moi-même, mais je n’y arrive pas. Encore une fois, j’ai été celui qui lance des vannes et reste en retrait, celui qui répond de manière gênée et évasive, ni oui ni non, bien au contraire. Va savoir pourquoi, je fais partie de ces gens qui n’arrivent pas à dire clairement ce qu’ils pensent, au moment précis où il faudrait le dire. Un peu comme tout le monde en fait, je crois. Je ne t’ai pas vu depuis des années, et tout ce que je trouve à te dire c’est qu’ils ont mal joué ce weekend et que le championnat va être serré cette saison. Super. Ne le prends pas pour toi surtout, j’ai la qualité d’être constant dans mes défauts et de traiter tout le monde de la même manière, de chuchoter à mes proches que je les aime seulement dans le noir à l’abri sous ma couverture, de ne trouver l’inspiration et le courage que lorsque je suis seul, de ne m’ouvrir qu’une fois la porte fermée.

Dans le meilleur des cas, au bout d’une heure on se rappellera des bouteilles de bière qu’on empilait en soirée en croyant que ça faisait de nous des hommes, de la petite voisine timide que j’avouerai avoir embrassée un soir d’été, des journées à tuer des canards électroniques avec un pistolet orange, enfin, plutôt des 2 heures qu’on nous accordait le mercredi après midi. On se souviendra de ces histoires qui nous faisaient honte mais qu’on raconte fièrement aujourd’hui, du temps où 5 francs faisaient de nous les princes de la ville, de notre record du monde de saut en VTT, 2m10, établi sur le terrain vague d’à côté. Et j’aurai beau te féliciter pour le ventre arrondi de ta femme, avoir un pincement au cœur en chatouillant son grand frère qui est une véritable version miniature de toi, j’aurai beau te considérer comme un cousin, comme un frère, nous serons quand même des étrangers.

Nous enchaînerons les banalités, je ferai semblant de comprendre pourquoi tu préfères gâcher ton talent et te briser le dos pour une centaine d’euros supplémentaires censés nourrir ta famille mais dans le fond, je me dirai qu’il ne nourrissent que ta peur de réussir. Je ne saurai pas ce que tu penses vraiment de moi, tout comme tu ne sauras pas ce que je cache au fond de mon esprit. On n’essaiera pas de rattraper le temps perdu en se racontant les années passées entre deux tapes sur l’épaule, parce qu’il y a trop à dire. On continuera nos vies, on se reverra au prochain anniversaire marquant, on trouvera encore qu’on a pas changé même si le temps passe trop vite, et je deviendrai celui qu’on détestait, celui qui rabâche sans cesse à ton fils qu’il l’a vu naître, qu’il est désormais un grand garçon et qu’il faut bien travailler à l’école, avec un air triste dans les yeux. Ca doit être ça, vieillir.

Read Full Post »

Older Posts »