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Posts Tagged ‘enfance’

Il n’aura pas fallu attendre 2012 pour que mon monde touche à sa fin. La lumière jaune disparait lentement, et je profite de chaque instant. Ma courte vie s’agite devant mes yeux sans lunettes 3D, et mon esprit vagabonde d’un moment à un autre. Cette phase de Mobb Deep résonne dans ma tête, « I’m only 19 but my mind is older », et je souris. J’ai combattu des militaires américains, livré des batailles sans fin contre des chevaliers en armure d’or, terrassé des ninjas au corps élastique, piloté des motos-hélicoptères et pris d’assaut des vaisseaux extraterrestres. Fut un temps où je franchissais des kilomètres d’un seul bond, où ma voiture roulait sur les murs, où je pouvais rester immobile sous l’eau pendant des heures, où chacun de mes tirs était fatal. Je me suis roulé dans la poussière, caché sous des brindilles d’herbe, protégé derrière une boîte à chaussure. J’ai voyagé aux quatre coins du globe dans ce sac à dos usé, confortablement installé toujours à la même place, devinant les paysages à travers la fermeture éclair entrouverte. J’ai survécu à une amputation de la jambe et aux vis dans le genou, à l’arrivée d’ennemis électroniques, j’ai enterré de mes mains mes frères dans un cimetière de cartons humides. Les dernières années de ma vie ont été plus paisibles, le repos du guerrier, trônant fièrement sur un vieil écran cathodique, engagé dans une ultime bataille contre la poussière. C’est toujours difficile de déterminer quand il est temps de fermer un tiroir, mais je crois que le moment venu, on le sent au fond de ses tripes. La lassitude a eu raison de moi, et l’envie de rejoindre les miens a remplacé la fierté qui permet au dernier survivant de rester debout. J’ai compris qu’à l’intérieur de ce tiroir refermé, ce n’était pas l’oubli qui m’attendait, mais l’immortalité. Parce qu’après tout, les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde.

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J’ai toujours eu un rapport conflictuel avec les deux roues. Le seul souvenir à vélo que j’ai, c’est la fois où je me suis brisé la nuque en faisant un salto avec mon Shimano 6 vitesses jaune et vert fluo. A l’époque on risquait notre vie chaque mercredi après midi en descendant celle que l’on appelait « La pente de la mort ». Rien que ça. Plus de 500 mètres de goudron oblique, qui s’achevaient avec un dos d’âne et un virage où il aura fallu attendre 20 accidents avant qu’ils placent un miroir permettant de voir qui arrivait en face. Parfois avec le vent dans le dos et en pédalant à fond, on atteignait les 42km/h, le compteur à piles accroché au guidon faisant foi. Ce jour là je n’étais pas particulièrement rapide, pour ne pas dire super lent. Le vent ne m’arrachait pas de larme, je n’avais pas l’impression d’être à bord du Millenium Falcon, et pourtant j’ai eu un réflexe débile, celui qui n’arrive qu’une fois dans ta vie parce que tu retiens immédiatement la leçon: j’ai freiné avec le frein avant uniquement. Le temps que je réalise, mon corps avait fait un tour et demi en l’air, comme un bonhomme de babyfoot, et je me suis planté dans le sol la tête la première, en imitant Dhalsim qui rate son coup. En tout cas moi, j’ai pas raté mon cou, qui a fait un drôle de bruit au contact du bitume, bruit que j’ai vite oublié lorsqu’une bosse énorme a poussé sur ma tête comme un pop up.

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Pour vous c’est un simple bout de daim, pour moi c’est un bout de mon innocence. A l’époque mon père traversait l’Atlantique deux fois par an (j’ai jamais compris pourquoi et je crois que je veux pas savoir) et à chaque fois qu’il revenait c’était Noël en plein été. Le temps béni où je portais un pantalon de culturiste avec des triangles gris imprimés, un T-Shirt Jordan « Rookie Of The Year » et un sac à dos Bulls. J’avais deux rangées de dents comme les requins, une boucle d’oreille Nike du marché et dans le cartable, un Giraya Ninja avec les bras en caoutchouc recouverts de poussière. Je rêvais d’une casquette des Redskins et j’étais encore traumatisé par les Air Tech Challenge jaunes que j’avais eu l’année précédente, dont le coloris improbable semblait rendre fou des gars deux fois plus vieux que moi. En gros, rien ne m’avait préparé à la claque des Jordans VII Bordeaux.

J’ai mis des années à retrouver leur nom, j’avais l’impression d’avoir rêvé, de ne pas avoir mis mon pied dans cette oeuvre d’art multicolore, jusqu’à ce que je retrouve une photo de moi, hoodie / jeans clair / Bordeaux / casquette Bulls. Au top comme René, comme rarement je l’ai été. Comme toutes les paires de cette période, je les ai mises 4 fois par semaine (sauf les jours d’EPS et de basket), pendant un an, le temps que mon gros orteil sculpte une marque indélébile à l’avant, dernière étape avant de trouer complètement le velours gris clair. Au moment de balancer ce bout d’histoire à la poubelle, j’ai découpé la languette que j’ai gardé comme une relique précieuse pendant des années, à côté des systèmes Pump éventrés et des lacelocks des VI volés à Décathlon.

L’année qui a suivi j’ai eu droit aux VIII Aqua, qui m’ont évidemment laissé elles aussi une empreinte indélébile, mais sans comparaison aucune avec les Bordeaux. Alors en avril 2011, si vous n’avez pas de nouvelles de moi pendant plusieurs jours, c’est que je suis blotti en boule avec entre les bras plusieurs paires de ce modèle légendaire qui n’a jamais été réédité en 20 ans. En même temps c’est logique, vu que le Bordeaux se bonifie avec l’âge.

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Leslie Nielsen est mort aujourd’hui. Suivi de peu par Irvin Kershner. A ce rythme, il ne restera plus grand chose de notre enfance dans pas longtemps. Et lorsque nos idoles ne sont pas mortes, on ne peut rien faire d’autre que se moquer de ce qu’elles sont devenues, de leurs liftings mensuels ou de leurs come back désespérés. Car elles ne comprennent pas que contrairement à ce que l’on croit, la VHS a enregistré une bien meilleure image que le Blu-Ray. On râle tout le temps pour rien, on s’attarde sur les différences entre les Jordans rééditées et celles de l’époque, au lieu de profiter de ce bout d’innocence retrouvée. On s’évertue à expliquer à la nouvelle génération que leurs dessins animés ne font pas le poids face à ceux qui nous ont fait vénérer le mercredi, et on s’arrache les cheveux quand on se rend compte qu’ils ne connaissent pas la moitié des films qui ont inspiré leur références. On devient ce cousin gâteux qui a la trentaine et semble déconnecté de la réalité actuelle, qui te met en garde contre les conneries et t’engueule quand tu n’as pas eu la moyenne, les études c’est important, t’auras tout le temps de t’amuser quand tu seras plus vieux. Mais tu auras aussi le temps de voir tes héros mourir l’un après l’autre, enterrés dans un coin de ta mémoire. Ca doit être ça, être adulte.

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Ce n’est pas une blague, même si on aurait préféré: les petites créatures bleues de Peyo (The Smurfs en anglais) vont être adaptées au cinéma en 2011, et en 3D qui plus est. Et non, je ne vais pas faire un couplet de plus sur notre enfance violée et sur les studios qui pissent ouvertement sur nos souvenirs avec des adaptations improbables, même si c’est très tentant.

Mais je me permets quand même de dire que je suis plus que stoïque, et je me demande comment est ce qu’ils vont arriver à justifier que le village champignon se soit transformé en Manhattan, peuplé de bonhommes minuscules qui n’utilisent qu’un mot et sont poursuivis par un Gargamel moyennageux. Espérons que le Tintin de Spielberg tienne la route, sinon on devra prier pour que Peter Jackon réalise un film Johan et Pirlouit pour que nos héros d’antant soient enfin respectés.

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Enfin, je pense plutôt que je présente de légers symptômes d’autisme Asperger depuis mon enfance, et que j’ai appris à les contrôler. C’est en tout cas ce que je me suis dit en regardant « C’est ma vie » samedi dernier, émission type « Confessions Intimes » présentée par Karine Lemarchand sur M6, et dont le thème était l’autisme. Au début, je pensais twitter en direct les phases les plus drôles et surréalistes, comme devant un bon épisode de Pascal le Grand Frère, histoire de rigoler un bon coup avant de sortir manger une coupe Cookie Dough. Mais non.

Parce que le reportage est vraiment bien réalisé et que ces enfants de 7 ans et leurs mères sont super attachants, j’ai eu l’impression de regarder un film qui mériterait bon nombre de récompenses. Si l’on commence par rire des phases d’Alexis qui ne sort jamais sans un déguisement de Superman dans son cartable et veut se construire une machine à voyager dans le temps à force de regarder « Retour vers le Futur », après avoir déjà posé un verrou électronique sur sa porte pour empêcher les gens d’y pénétrer, on se laisse rapidement avoir, aspiré par leur énergie et l’envie de les soutenir dans leurs luttes quotidiennes.

J’avais pensé récupérer la vidéo et la poster en titrant « L’édito de la fin de la semaine », sans rien ajouter de plus, preuve du sentiment de déjà vu et de l’impression de me reconnaître en eux, ou du moins de trouver une réponse plausible à des questions encore en suspens. Quelque part entre le monomaniaque qui ne supporte pas le changement et s’enferme dans des habitudes ridicules, le têtu qui considère l’autisme comme un don, le taciturne incapable de communiquer et comprendre les émotions, l’éternel rêveur trop à l’étroit dans un corps d’enfant mais noyé dans un corps d’adulte. L’esprit ailleurs, le cerveau perdu dans un mélange synesthésique de couleurs et de sensations, comme si tout remontait à la surface, tout ce que j’avais caché dans la cabane sous mon bureau pendant des heures et que je ne confiais qu’à mes figurines à peine articulées. Sentiment heureusement balayé au dernier moment par l’un de ces fou rires qui soulage et désamorce la bombe avant qu’elle n’explose dans les glandes lacrymales. Parce qu’au final, ils ont tort. Tout le monde peut guérir de son enfance.

Pour voir le reportage « Ma maladie, ce monde à part » réalisé pour C’est ma vie, cliquez ici

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Nous sommes le 31 décembre 1999 et dans 10 minutes, il sera minuit. 600 secondes et mon enfance sera enterrée avec les restes du siècle dernier. Les experts disent que tout va planter, qu’il va y avoir un bug énorme, peut être même la fin du monde, mais les experts regardent trop les films de Cameron je crois. On nous bassine avec les années 2000 depuis les années 80, on a eu le temps d’espérer les voitures qui volent, les repas constitués d’une pilule bleue et d’une rouge, les jeux vidéos qui reproduisent tes mouvements, les skates sans roues, le futur quoi. Alors à moins qu’une métamorphose subite et radicale intervienne lors des 12 coups qui vont pas tarder à résonner, je crois qu’on peut dire qu’on s’est fait violemment entuber. Qu’est ce qu’on attend pour se rebeller et exiger ce qu’on nous a promis alors? Mouais… en fait j’ai un peu la flemme là, mais promis je m’y mets la semaine prochaine.

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